Sophie Hénaff, quand le polar vous met en joie

Un peu de littérature pour le week-end c’est essentiel non ? Mais cette semaine point de haute philosophie ou d’élucubration spiritualiste. Deux polars d’une même autrice, Sophie Hénaff, j’ai adoré ! Alors au diable les discours de la méthode, les Descartes, Spinoza et autres Meurois-Givaudan, les plus spiritualistes connaitront, cette semaine une chronique polar avec les deux excellents livres de Sophie Hénaff : Poulets Grillés et Rester groupés.

Sophie Hénaff, le 36 quai des bras cassés

En quelques mots que ce passe-t-il dans ces deux romans policiers qui au passage ont reçus des prix du public. Petite parenthèse j’apprécie particulièrement ce genre de reconnaissance, même si les prix classiques émis par des critiques professionnel ne sont pas sans intérêts je suis parfois bien loin des considérations littéraire. Et puis avant de lire une syntaxe plus ou moins académique je lis une intrigue et je lis pour me divertir paramètre qui est beaucoup plus pris en compte dans les prix public.

Revenons au pitch de “Poulets Grillés” & de “Rester Groupés”

Le 36 quai des Orfèvres s’offre un nouveau patron. Faire briller les statistiques en placardisant tous ceux qu’on ne peut pas virer et qui encombrent les services : tel est le but de la manœuvre.

Nommée à la tête de ce ramassis d’alcoolos, de porte-poisse, d’homos, d’écrivains et autres crétins, Anne Capestan, étoile déchue de la Judiciaire, a bien compris que sa mission était de se taire. Mais voilà, elle déteste obéir et puis… il ne faut jamais vendre la peau des poulets grillés avant de les avoir plumés !

J’avoue j’ai dévorée les deux polars d’un coup. Oui mon soucis de nourriture s’applique également aux nourritures littéraires ! Sophie Hénaff utilise une écriture imagée, précise, dynamique avec des personnages tous plus fous les uns que les autres et super attachants. Des énormes fous-rire (surtout dans le second tome « Rester groupés »). En plus l’intrigue est bien ficelée et le suspens vous tient en haleine et vous fait engloutir les deux livres.

En somme Sophie Hénaff a su rassembler tous les ingrédients indispensables pour créer à mon sens 2 grands polars ! Un, enfin deux, bonheurs !

Vous donner envie de lire

C’est quand même le but essentiel d’une chronique je trouve. D’ailleurs je ne chroniquerais que rarement des livres que je n’ai pas aimé ou alors que ceux que j’ai profondément détesté parce que des fois ça fait trop du bien d’être mauvaise ! niark niark niark !

Je ne vais pas faire comme la Miss Charlie [écouter ses lectures de textes] vous lire un passage, je n’ai pas son talent, du coup je vous livre les descriptions par l’auteur de l’équipe de bras cassés absolue qu’on retrouve dans les 2 volumes, vous allez voir, c’est croustillant :

La commissaire CAPESTAN

La brillante commissaire Capestan, étoile de sa génération, championne toutes catégories des ascensions fulgurantes, avait tiré une balle de trop. Depuis, elle avait été traduite devant le conseil de discipline, avait écopé de divers blâmes et de six mois de suspension administrative.

TORREZ dit Scoumoune.

Le porte-malheur, le chat noir.(…) Torrez mesurait dans les un mètre soixante-dix, tout en muscles. En fait de chat noir, il entrait dans la catégorie puma. Dense et trapu.

LEBRETON la droiture

Sa haute stature pliée en quatre, il tentait d’ouvrir une des caisses de dossiers à l’aide d’un Opinel. Il procédait avec calme, à son habitude. Lebreton était imperturbable dans sa nonchalance comme dans se opinions. Capestan gardait en mémoire la rigueur implacable de ses interrogatoires. Si la commission de discipline s’était rangée à ses conclusions, Capestan n’aurait jamais été réintégrée. Lebreton la prenait pour une brute. Elle le tenait pour un psychorigide. C’était une vraie fête de se revoir.

ROSIERE, la tornade

Une voix de stantor interrompit leur lecture. Ils se figèrent, crayons en suspens. Une femme d’une cinquantaine d’années, toute en rondeurs, apparut à la porte. Son téléphone piqué de strass essuyait une tempête véritable.

… Mais je t’emmerde, tête de nœud ! Rugit-elle. J’écris ce que je veux. Et tu veux que je te dise pourquoi ? Parce que je vais pas laisser un costard-cravate, haut comme trois bites à genoux, me dire où je dois pisser.

Le Capitaine MERLOT

En pénétrant dans ce qu’il fallait bien appeler son commissariat, Capestan croisa un homme chauve en costume bleu, bâti comme un mètre cube. Il avait oublié de se rase un coin sous le menton et sa cravate était tachée. Plusieurs traces qui ne dataient ni du même repas ni du même jour. Au revers de sa veste, il portait un insigne du Lion’s Club qu’il tentait de faire passer pour une légion d’honneur. Gobelet à la main, l’homme courba civilement la tête.

Capitaine Merlot, pour vous servir. A qui ai-je l’honneur ?

Alors qu’une puissante odeur de vin rouge contaminait l’atmosphère, Capestan répondit en respirant le moins possible :

Commissaire Capestan, bonjour capitaine.

Lieutenant EVRARD

Evrard est lieutenant, en effet, mais c’est aussi une joueuse compulsive, interdite de casinos et placardisée pour magouilles présumées avec les tripots clandestins. Elle avait le visage franc et ouvert, avec de grands yeux bleus innocents. Pas une tête de bluffeuse, et ça avait dû l’aider.

Capitaine ORSINI, l’art du ruban

Dans le bureau, les affiches des représentations les plus prestigieuses de l’Opéra de Paris fleurissaient déjà sur les murs. Un diffuseur d’huiles essentielles répandait une douce odeur de mandarine , tandis qu’une radio réglée sur France Musique jouait en sourdine. Sur une table haute en verre fumé étaient empilés plusieurs volumes de droit dont un vieux Dalloz. Le capitaine Orsini prenait des notes sur un carnet. Orsini : la balance aux gants de velours, le sténographe de la presse judiciaire, la carte biseautée de Capestan.

DAX ET LEWITZ

Il y avait Dax, un jeune boxeur qui avait abandonné autant de sueur que de cervelle sur le ring. Le nez épaté et le sourire content, il observait la vie avec l’enthousiasme d’une otarie dans les vagues. Avant que les uppercuts ne lui aient trop secoué la cafetière, Dax avait été l’un des lieutenants les plus futés de la CyberCrim. Il se disait que certaines fulgurances persistaient, mais aucun témoin direct n’avait pu confirmer.

Assis à ses côtés, se tenait son copain Lewitz, le fou du volant que la direction du matériel avait envoyé là, faute de pouvoir le gifler. Le brigadier Lewitz adorait les voitures et son engagement dans la police tenait pour moitié à la sirène. Il ne savait pas conduire mais se refusait à l’admettre. L’automobile était sa danseuse, Fernando Alonso, son idole sur terre, et ses mains ne connaissaient la paix qu’agrippées à un volant.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *