Education des Parents Enfants, au delà des peurs

Tout le monde vous conseille, vous dit quelle est la bonne et la mauvaise, il y a même des séminaires dessus. Vous de votre côté vous culpabilisez, vous jugez celle des autres, mieux ou moins bien que … L’éducation, donner la bonne éducation est l’enjeu du moment. Il y a la fameuse phrase du 20h “Oh mais regardez moi ces vauriens, ils ne sont pas éduqués”, ou encore les “ah de notre temps, on savait se tenir, nos parents savaient nous éduquer …” Et le dramatique et classique ” Où est-ce que j’ai merdé ?”. Grosso modo, tout le monde est concerné par l’éducation et bien sûr chacun y va de son avis et même de sa bonne méthode pour éduquer vos futures graines de délinquants / génies.

Alors est-ce que je vais mettre ma pierre à l’édifice des bonnes méthodes éducatives face au mauvaises méthodes ? Ben non ! Je ne peux pas, je ne suis pas parent, ou en tout cas pas dans le sens commun du terme. Je ne l’ai jamais été et je ne le serai jamais. Plutôt que vous asséner un nouveau manuel de “comment être un bon parent” ou une analyse profonde et trop souvent culpabilisante sur les relations parents – enfants, je vais simplement parler en tant qu’enfant. Car les enfants aussi éduquent les parents.

On est tous l’enfant de quelqu’un.

C’est le premier constat. Comme je vous le disais dans l’intro, je ne suis pas un “parent”, en tout cas pas au sens commun, je reste ad vitam un Enfant. C’est un choix de ma part. Avant de devenir parent nous sommes tous né quelque part, comme dit la chanson, mais surtout de quelqu’un.

Pour les quelques années à venir, partons du principe que, connu ou inconnu, vous n’êtes pas né ex nihilo dans une éprouvette mais êtes issu d’une rencontre, voulue ou pas, agréable ou pas, entre un ovule et un spermatozoïde. Vous avez grandi et connu vos premiers émois, cool ou pas, dans un utérus. Et comme 99.99% de la population, le 0.01% est important, vous avez été éduqué par quelqu’un. Même si vous avez été abandonné, cet acte est aussi une forme d’éducation. Unique, bref, qui peut engendrer de la souffrance, mais ça reste néanmoins éducatif si vous voulez bien vous en servir.

Pour mémoire, étymologie d’Education : mot féminin venant du latin éducatio, élevage. Sens commun : Action d’élever, de former un enfant, un jeune homme, une jeune fille, de développer ses facultés intellectuelles et morales ; résultat de cette action.

Education en batterie ou vers soi ?

Je vais être un brin taquin et forcer le trait mais en gros on peut voir deux sens majeurs, c’est toujours plus complexe, au terme élevage.

  • Elevage en batterie, dans une norme standard. Un poulet humain de 72 kg pour les mâles, 55 kg pour les femelles. Des jolies volailles bien propres, sans plumes, conformes à la réglementation européenne sur l’élevage en batterie de l’humain. Il a droit à un espace de x m², avoir un conjoint, du grain x fois par semaine, un temps x de loisir et surtout il doit être productif et lui-même faire des petits poulets humains à leur tour bien conformes à la réglementation n°834/2007 (1)
  • Elevage vers quelque chose au dessus. Amener cet enfant à se sublimer, à être mieux que je. Oui mais mieux ça veut dire quoi ? On peut y mettre plein de conceptions morales toutes plus justifiables les unes que les autres. Je vais me limiter à ce point de vue : Etre plus lui-même, l’aider, le porter vers lui, vraiment lui, pas nos projections ! Comment savoir qui est lui-même ? On ne peut pas ! Par contre on peut l’aider à réfléchir, à s’autonomiser, devenir autonome. A devenir critique du monde intérieur et extérieur. A ne jamais rien prendre pour acquis, même pas vous-même. Finalement vos parents sont vos parents parce qu’ils vous ont dit qu’ils l’étaient mais … Ha ha ha ha, c’est énervant, hein ? Ce doute qui nous tiraille. Ca s’appelle la Vie !

L’éducation, à mon sens, devrait se focaliser sur cet aspect. On peut apprendre par coeur, apprendre à respecter la loi et l’ordre établi. C’est de toute manière essentiel de les connaître. Les connaître ne veut pas dire les accepter, encore moins les valider sciemment ou pire, inconsciemment.

L’Education, une salade de fruit, jolie, jolie …

Tu plais à mon père, tu plais à ma mère … Un peu de Bourvil (2) n’est jamais de trop dans notre monde sérieusement incohérent, je trouve. Pour revenir au sujet du jour, je ne vais pas parler de l’élevage en batterie, bio ou pas, mais de l’autre aspect. Comme je vous l’ai dit, je ne suis le géniteur d’aucun enfant ici. Vous pouvez chercher, y en a pas. Des enfants spirituels peut-être, mais pas plus. Je ne suis pas un parent et je m’adresse à vous justement à ce titre. En tant que grand enfant.

Je sais que la plupart d’entre vous veulent juste le meilleur pour leurs enfants. Quelle que soit la motivation c’est louable. Hélas souvent vous vous faites happer par votre peur. La peur qu’on implante et qu’on distille en vous bulletin d’info après météo Marine (joke).

Accepter une chose : Vous serez des mauvais parents !

Votre enfant vous en voudra, vous rejettera la faute de ses souffrances dessus, c’est comme ça. L’humain moderne construit sa personnalité dans l’opposition (3). En fonction des individus cette opposition sera plus ou moins violente, plus ou moins précoce, il n’y a vraiment pas d’âge pour grandir.

Il y a d’autres moyens bien sûr. Mais personne n’a le courage de les mettre en place. Il faudrait pour cela que, quand votre enfant est en âge, vous l’ameniez “affronter” le Monde. Qu’on nous éduque à la séparation. C’étaient les rites de passage des peuples dit primitifs. Pendant toute la période d’acquisition de l’autonomie, les enfants étaient entièrement protégés par l’ensemble du groupe puis à un moment ils devaient changer de statut et passer de protégés à protecteurs.

Au moment de cette séparation il y aura forcément de la douleur. La souffrance viendra des résistances que nous mettons à accepter ce changement. Nous éduquons les enfants avec nos peurs, avec nos désirs de calmer cette peur. Nous les éduquons, et là je dis nous car ça concerne aussi les éducateurs, prof, enseignants de tout poil, à partir de nos peurs, nos regrets, nos rancoeurs, nos illusions et nos croyances. Ce n’est pas un souci en soi si à côté nous donnons les outils et l’envie d’objectiver, ou du moins d’analyser ces outils, pressions, croyances et autres. Ce n’est hélas pas le cas.

absence

Des enfants libres d’être

J’ai un frère, nous avons 17 mois d’écart, nous avons vécu grosso modo la même éducation et objectivement nos parents ne nous ont pas plus choyé l’un que l’autre. Nous, je l’inclus de force désolé, nous n’avons pas toujours pensé ça, mais c’est pourtant le cas. Donc nous avons eu la même éducation. Lui est devenu directeur d’une place financière, moi je commence à 45 ans à comprendre que mettre 4 sous de côté c’est sympa… Il a une femme, 2 enfants, coucou à tous, une maison, une maison secondaire et deux grosses voitures et aussi plein de crédits. J’ai une fourgonnette, des plantes, je vis en concubinage dans une maison de location… Yin – Yang, vous avez même pas idée.

Pourquoi je vous raconte ça ? Pour illustrer l’image de l’éducation comme une salade de fruit.

Nos parent ont mis sur la table un saladier. Ils ont coupé avec soin des pommes, des amandes, des bananes. Mis quelques framboises, des bouts de figues et un sirop de citron avec un peu de rhum et du sucre. Je ne suis pas fan des pommes et des amandes, je les ai mises de côté. Mon frère en raffolait par contre, ça tombait bien. Je suis un gros fan de framboise, lui aussi, mais étant très rusé je lui ai mis un coup de fourchette et pendant qu’il faisait ouin ouin, je les ai toutes mangées. Il en est encore attristé. Nous avons partagé les figues et avons tous les deux un plaisir parfois immodéré pour le rhum et le sucre.

Et bien pour notre éducation c’est pareil !

Les parents proposent, l’enfant dispose.

Les parents font la salade de fruits, la posent sur la table et l’enfant mangera ce qui lui plaira ! Et s’il n’aime pas la salade de fruits, il ira se chercher un bout de chèvre dans le frigo du voisin s’il aime ça ! Oui mais « Il faut manger la salade pour pas gâcher ». Alors on force l’enfant à faire ce qu’il n’aime pas. On le force à faire un bac S, une prépa, deux masters…

Et un jour, à 43 ans, il en a marre, vire son boulot super rentable où il meurt à petit feu et reprend des cours de guitare, ceux qu’il a arrêté au moment de sa première prépa,  puis devient prof de guitare. Coup de bol son conjoint accepte l’idée, heureu.s.e qu’il redevienne cette partie de lui-même.

Ou alors il ne se réveille jamais, reste toujours Votre enfant, ne devient jamais l’adulte libre de ses choix. 52 ans, 3 divorces, 5 enfants malheureux, un métier qui le tue d’ennui, un licenciement, un accident de voiture… ECG plat… Pompes funèbres… Pluie…

Soyez nuls, apprenez leur la liberté

Je ne veux pas être mal compris, je ne cherche sûrement pas à vous culpabiliser, au contraire. En 22 ans de soins, d’écoute de l’autre, d’observation des vies, je n’ai jamais, vraiment jamais, rencontré un enfant qui n’aime pas ses parents. Aussi abominables soient-ils. Aussi lâches, aussi despotiques, aussi indifférents, c’est terrible l’indifférence, soient-ils. C’est parfois trop tard pour être exprimé de voix à voix mais chaque fois l’Amour est derrière.

Chers enfants devenus parents, rappelez vous que pour un bébé le sein maternel ou le biberon, c’est juste Dieu ! Sans lui pas de vie possible ! Amis enfants devenus parents avec des testicules, même si c’était il y a bien longtemps, vous représentez pour le garçon ou pour la fille le summum de la protection, un idéal à atteindre, le monde extérieur à découvrir. Et nous tous, frères et soeurs, enfants de parents, rappelons nous que nos parents ont fait du moins mal qu’ils pouvaient et que c’est nous, et uniquement nous, qui en avons fait une occasion de nous élever ou de nous rabaisser ! Les parents proposent la salade de fruits, ne leur reprochons pas d’avoir mis des myrtilles alors qu’on aime pas ça … il n’y avait que des myrtilles !

L’éducation à être soi

Bien sûr qu’en tant que parent vous devez leur apprendre les normes sociales, les encourager à s’intégrer dans le monde où ils devront, que ça leur plaise ou pas, vivre. Mais pensez à leur donner des outils pour créer leur propre monde. Pour construire leur individualité, pas celle qui vous arrange, mais vraiment la leur. Ca, plus que tous les diplômes et les médailles en chocolat, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse faire. Pour ça il faut passer par dessus notre propre peur d’être Libre, accepter nos propres peurs, échecs, manquements, les accepter et même les aimer.

On ne peut pas faire disparaître la peur, ou alors faut une lobotomie. Par contre on peut s’en servir, on peut expliquer, on peut simplement et sincèrement dire à son fils / fille « Désolé je t’ai obligé à marcher malgré ton handicap car  il me renvoyait à ma propre peur de la maladie et de l’a-normalité ». S’il est pas trop con, votre enfant vous en remerciera et au lieu d’avancer à reculons, fera de son mieux, à sa manière.

Un circassien, quelqu’un qui fait du cirque, m’a donné cette clé que je suis scrupuleusement à travers ma vie et auprès des mes « enfants » :

Pourquoi tu veux faire un arbre droit alors que tu es tordu ? Fais un arbre tordu !

Ho’Oponopono filial

Cet article est aussi l’occasion pour moi et j’espère pour tous les enfants, c’est à dire nous tous, d’accepter, de nous excuser, de remercier et d’Aimer, ce qui fut, est et sera nos Parents. Ils nous ont transmis la vie. Peut-être qu’en les jugeant nous pouvons trouver des millions de choses à leur reprocher, mais ce ne serait que du ressentiment et de l’émotionnel hors d’âge. Quels que soient les coups, l’absence de caresses, les humiliations, les non dits et autres objets sur lesquels nous avons ancré nos névroses, c’est bien nous qui les avons mangé, c’est bien nous et uniquement nous qui n’avons pas su en faire quelque chose. Pire que ça, c’est uniquement nous qui en avons fait quelque chose et n’acceptons pas que, en pour ou en contre, ce soit grâce à leur Education.

Être parent est le plus grand acte d’amour inconditionnel qui soit. C’est une occasion unique de s’élever …  Devenir un sage et passer par dessus ses peurs, ses doutes, ses croyances, pour faire que notre progéniture devienne un Humain, debout, vivant. Qu’il nous aime ou pas est secondaire.

Libre à vous, enfants, de devenir des Parents ou simplement des géniteurs. Libre à vous, enfants, de devenir des Adultes et d’assumer vos propres choix. Nous sommes tous les enfants de quelqu’un… Pour ma part je crois qu’il est temps de lâcher la grappe, ou les jupons, de nos parents et d’assumer nos peurs, manques, doutes, faussetés, pour éduquer les Enfants vers eux-mêmes. Même si ça ne nous plaît pas, surtout si ça ne nous rassure pas.

Liens et autres

(1) La règlementation (CE) n°834/2007 est celle régissant la production, transformation, distribution, l’importation, le contrôle et l’étiquetage des produits biologiques dans la CEE. Un code moral, une réglementation, bio ou pas, reste toujours une norme, une définition par essence restrictive.

(2) Bourvil, le clown qui ne l’était pas, comme souvent. Salade de fruit est audible ici avec une grande douceur le normand parle déjà de mariage mixte, de dépasser les cadres du conformisme, d’une autre forme de vie … C’était il y a longtemps …

(3) Lire les travaux de Gilbert Simondon, Wilhelm Reich, Georg Simmel et C.G. Jung par exemple

Renaud

Page perso : Projet R4 – Naturopathe, Psychothérapeute et Pratiquant de différentes techniques énergétiques depuis plus de 20 ans.
J’anime des conférences / rencontres en essayant d’amener chaque fois un autre regard, une autre manière d’être et de vivre le monde qui nous entoure.
Loin du Mysticisme et du Rationalisme il existe une troisième voie, celle du sourire et de l harmonie. Un Pragmatisme abstrait pour aimer notre propre paradoxe.

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